Des stratégies pour un différent type de développement en Afrique

Par Gretchen Gordon Fév 05, 2018

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En novembre, plus de 40 représentants d’organisations de défense des droits humains et de l’environnement de l’ensemble du continent se sont rassemblés à Pretoria, en Afrique du Sud pour examiner les formes actuelles de financement du développement en Afrique et pour développer des stratégies sur la façon de promouvoir un différent type de développement – celui dirigé par les communautés et peuples africains.

Lors de l’évènement de trois jour, organisé par la Coalition pour les droits humains dans le développement et la Coalition africaine pour la redevabilité des entreprises (ACCA), les participants ont remis en question un modèle de développement caractérisé par des mégaprojets de plus en plus grands et un recours accru au secteur privé.“Le modèle de développement actuel qui est promu en Afrique est le développement et les réformes politiques induits par le secteur privé pour ouvrir la voie à des investissements dans les infrastructures en partenariat public-privé (PPP)” a déclaré Aly Sagne, de Lumiere Synergie pour le Développement. “Cela conduit à une déréglementation, une privatisation des services publics, une dette sur le long terme, des menaces pour le secteur privé local, et une mauvaise mise en oeuvre des garanties,” a-t- il ajouté.

Les participants ont discuté du programme Compact With Africa, une nouvelle initiative du G20 et des États africains, en coopération avec la banque mondiale et la banque africaine de développement, par laquelle les gouvernements africains promettent des engagements sur un large éventail de réformes politiques pour attirer les investisseurs privés – allant de changements dans les lois fiscales à la création de nouveaux tribunaux spéciaux réservés aux investisseurs.

La principale préoccupation des participants à l’atelier était peut-être que ces décisions cruciales sur le développement se déroulent sans l’implication de la société civile et sans la contribution de ceux qui ont le plus d’intérêts en jeu, notamment les communautés pauvres, les peuples autochtones et les femmes. Les participants ont partagé divers cas d’investissements tels que ceux en Guinée, au Kenya et au Sénégal qui ont échoué dans l’implication des communautés locales et ont trop souvent alimenté les violations des droits humains et détruit les moyens de subsistance et les ressources naturelles des communautés locales. Les participants ont également examiné des cas positifs d’investissements conçus en partenariat avec les communautés locales et se sont questionnés sur la raison pour laquelle il n’existe pas plus de soutien pour ce type d’initiatives.

“Le modèle de développement promu dans notre région ne reconnaît pas le rôle primordial des peuples autochtones et des communautés locales, ce qui conduit à une absence de développement durable”, a déclaré Yator Kiptum David, directeur exécutif du Programme des peuples autochtones Sengwer. “Les financeurs doivent consulter et incorporer les peuples autochtones et les communautés locales dans la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des projets de développement qui sont menés sur leurs terres ancestrales.”

Un élément clé de l’atelier a été une demi-journée de dialogue avec des responsables du développement, impliquant des représentants de six institutions et agences de financement du développement différentes. Les participants à l’atelier et les représentants des banques ont échangé différents points de vue sur le type d’investissement qui devrait être effectués en priorité dans la région et sur l’impact des initiatives de développement précédentes.

Plusieurs financeurs ont exprimé les engagements de leurs institutions vis-à- vis de l’engagement de la société civile et ont signalé des opportunités de participation au niveau du projet ou dans les prochains examens des politiques. Dans le même temps, les représentants de la société civile ont exprimé leurs préoccupations concernant la diffusion insuffisante par les banques d’informations concernant les projets, l’inaccessibilité des bureaux de pays et l’absence de dialogue avec les communautés locales. Plusieurs financiers se sont engagés à prendre des mesures spécifiques pour faciliter une plus grande transparence et participation et ont tous exprimé leur intérêt à poursuivre le dialogue.

“La banque mondiale et les autres banques dites de développement doivent cesser de financer les projets d’industries extractives susceptibles d’entraîner des violations des droits humains et en particulier des violations des droits des populations locales” a dit Delphine Djiraïbé, Procureur général du Public Interest Law Center au Tchad. “L’argent consacré au développement devrait être utilisé pour des projets qui respectent les droits humains et l’environnement et qui sont conformes aux Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits humains.”

Dans un communiqué final, les participants à l’atelier ont appelé les gouvernements africains et les financiers du développement à «respecter les droits des communautés, et en particulier des groupes marginalisés, de déterminer leurs propres voies et objectifs de développement” et de “promouvoir le développement et les infrastructures qui soutiennent le bien-être social, les industries nationales, les petites entreprises et les petits exploitants agricoles.”

L’atelier s’est achevé sur une feuille de route pour la collaboration future entre les intervenants de la société civile, comprenant des formations, la création de coalitions au niveau national et régional, le plaidoyer auprès de la Banque africaine de développement et le renforcement de la sensibilisation et de la coordination autour du projet Compact With Africa.

“J’espère que nous continuerons à travailler en réseau, à partager des informations et à poursuivre le renforcement des capacités des membres de la coalition”, a déclaré Yator David Kiptum.

“Les organisations de la société civile africaine s’engagent à collaborer avec la Banque africaine de développement et d’autres institutions et nous espérons travailler ensemble pour renforcer mutuellement notre capacité à surveiller les institutions de financement du développement à travers le continent”, a ajouté Aly Sagne.

*L’équipe d’organisation de l’atelier était constituée de la Coalition africaine pour la redevabilité des entreprises et la Coalition pour les droits humains dans le développement, avec Accountability Counsel, Both ENDS, Centre for Applied Legal Studies, Economic and Social Rights Centre – Hakijamii, Friends of the Earth – US, International Accountability Project, Heinrich Böll Stiftung, International Rivers, Jamaa Resources Initiative, Lumière Synergie pour le Développement, Public Interest Law Center, et Zimbabwe Environmental Law Association, avec le soutien financier d’Heinrich Böll Stiftung, 11 th Hour, SOMO, Global Green Grants, et BothENDs.

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