Entretien avec Tshimpidimbua Dieudonne, secrétaire exécutif du CRONGD (RDC)

Par Lorena Cotza Avr 29, 2021

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La province du Kasaï-Oriental, en République démocratique du Congo, produit un dixième des diamants industriels du monde. Cette richesse en ressources minérales est aussi sa malédiction, car de nombreuses communautés sont déplacées et subissent l’impact des projets miniers. De plus, en raison de la violence des milices et du gouvernement, le Kasaï est devenu ces dernières années « l’épicentre de l’une des plus graves crises humanitaires au monde ». 

Plusieurs groupes de base et organisations de la société civile travaillent à la défense des droits humains et au soutien des communautés locales du Kasaï. Pour unir leurs forces, le réseau Conseil Régional des Organisations Non Gouvernementales de Développement (CRONGD) a été créé en avril 1990.

Le CRONGD, membre de la Coalition depuis 2014, est un réseau de plus de 66 ONG de développement. Il œuvre à la lutte contre la pauvreté et les violations des droits humains, en renforçant les capacités organisationnelles, institutionnelles, professionnelles et matérielles des organisations de base et de la société civile dans la région du Kasaï-Oriental. 

Dans cette interview, Tshimpidimbua Dieudonné – secrétaire exécutif du CRONGD – parle du travail de son organisation et des défis auxquels sont confrontées les communautés locales du Kasaï-Oriental.

Quels sont les principaux projets de « développement » qui affectent les communautés locales ? 

Les communautés locales sont principalement affectées par des projets dans les secteurs de l’exploitation minière et des infrastructures. Les sociétés minières – telles que la Société minière de Bakwanga (MIBA), détenue par le gouvernement, ou la Société Anhui-Congo d’investissement minier (SACIM), une entreprise détenue conjointement par l’État congolais et des investisseurs chinois, expropriant les communautés locales de leurs terres, sans leur offrir de compensation.

De plus, les droits de ces communautés sont souvent violés. Par exemple, les engagements contractuels inscrits dans le plan d’action de la SACIM ne sont pas respectés et la manière dont la responsabilité sociale des entreprises sera respectée et mise en œuvre n’est pas claire. En 2020, le conseil d’administration de MIBA a été suspendu en raison de problèmes de gouvernance. A présent, l’entreprise a repris ses activités, mais elle est loin de mettre en œuvre les droits des communautés reconnus par la loi et de respecter le code minier et les règlements miniers.

En 2020, le gouvernement a révisé le code minier de 2018, intégrant des innovations importantes telles que la protection des droits humains, de l’environnement et des droits des générations futures, que tous les opérateurs miniers doivent prendre en compte sous peine de se voir retirer leur permis d’exploitation. Or, les sociétés minières telles que la SACIM ne respectent pas ce code.

Quel est l’impact réel de ces projets sur la vie quotidienne des populations locales ?

Les principales conséquences des projets miniers sont la perte progressive des terres communautaires, l’exode des personnes d’autres communautés à la recherche de terres à cultiver, la famine (qui touche principalement les enfants), l’augmentation de la mortalité infantile et les conflits fonciers entre communautés qui se traduisent par des conflits coutumiers.

Les communautés locales dépendent fortement de leurs terres pour leur subsistance, pour cultiver leur nourriture et pour le pâturage du bétail, de sorte que ceux qui ne fuient pas sont contraints de travailler pour l’entreprise comme mineurs ou comme agriculteurs artisanaux clandestins autour du site minier. Les communautés touchées par les projets miniers n’ont pas non plus accès à l’eau potable, ni à l’énergie électrique, alors même qu’un barrage hydroélectrique local alimente la centrale de l’entreprise, ce qui continue de provoquer des tensions dans la communauté. Les centres de santé sont quasiment absents et éloignés, de sorte que la prévention et la réponse à la Covid-19 ne sont pas efficaces. 

Il y a aussi des problèmes dans le secteur des infrastructures. La province du Kasaï Oriental n’a pas eu de plan de développement urbain cohérent depuis la période coloniale. Il y a des déficits flagrants dans la construction des infrastructures de base, routes, écoles, hôpitaux, centres de santé, et de graves lacunes dans la construction des bâtiments administratifs, notamment ceux de la justice. La situation de la justice est encore plus criante : en raison du manque de bâtiments publics dans les territoires, plusieurs juridictions autrefois opérationnelles ont cessé de fonctionner. 

Comment le CRONGD soutient-il les communautés locales touchées par les projets de développement dans la province ?

Le CRONGD sensibilise les communautés, identifie leurs besoins et collecte des fonds en plaidant auprès des décideurs/autorités via plusieurs partenariats.

Parmi les activités sur lesquelles nous avons travaillé dernièrement, nous avons par exemple organisé une table ronde sur l’exploitation minière et nous avons soutenu le développement d’organisations de petits agriculteurs.

Quel est votre rêve pour votre communauté ? A quel avenir aspirez-vous et quelle est votre propre idée du « développement »?

J’espère voir les compagnies minières remplir leurs engagements, les droits des communautés rétablis, la justice pour tous et l’unité avec le peuple, le pouvoir de l’État renforcé.



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  • Droits humains
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Lorena Cotza
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