À propos du projet et de ses répercussions
L’exploitation minière dans le territoire de Mwenga en province du Sud-Kivu, est devenue un foyer de conflits depuis une décennie où la résilience pour les communautés impactée devient le seul moyen de survie . Un groupe d’entreprises chinoises (Yellow Water Resources, Oriental Resources Congo Sarl, New Continent Mineral, Congo Blueant Minerals, Groupe Cristal et BM Global Business, Banro Congo, Twangiza Mining, Kamituga Mining, Lugishwa Mining, Baiyin, Stratagos) s’est implanté dans la région créant une situation de tension et de confusion même sur la propriété du titre minier. Malgré l’existence de lois protégeant les droits des communautés, ces entreprises ont commencé à exploiter les gisements sans consultation ni consentement libre, préalable et éclairé. Les autorités locales se sont rendues complices de ces agissements, accordant des licences et une protection en échange de recettes tout en fermant les yeux sur la destruction qui se déroulait sur le terrain.
Ces entreprises ont été à maintes reprises mises en cause dans les médias et les rapports d’enquête pour des délivrances de licences irrégulières, une consultation limitée, voire inexistante, des communautés, des dommages environnementaux et des tensions avec les acteurs locaux. Les recherches menées par des observateurs indépendants ont mis en évidence des preuves de pollution, de dégradation des sols et le recours à des arrangements informels permettant aux entreprises d’opérer malgré un respect insuffisant de la législation congolaise. Les mesures prises par le gouvernement ont parfois consisté en des suspensions et des enquêtes, tandis que les rapports de la société civile font état d’arrestations, de représailles contre les manifestants et de la poursuite des opérations malgré la présence de groupes armés. Les demandes de commentaires adressées aux entreprises restent souvent sans réponse, ce qui souligne l’opacité qui entoure la propriété, le financement et les engagements pris envers les communautés.
Les terres agricoles qui survenaient autrefois aux besoins des familles sont désormais inutilisables, et l’eau potable est contaminée. L’agriculture étant devenue impossible, la faim et les maladies se sont aggravées. Les routes qui reliaient autrefois les villages ont été détruites par les camionneurs, isolant davantage des communautés déjà éloignées de la ville principale, située à 212 kilomètres.
Les entreprises avaient promis de construire des routes, des écoles, des hôpitaux et des centres de santé, mais ces projets ne se sont jamais concrétisés. Au contraire, la communauté a été confrontée à des déplacements forcés et à des intimidations. Aux familles chassées de chez elles, on a parfois proposé à peine 50 € – voire rien du tout –, en leur affirmant que les terres appartenaient désormais à l’État ou aux entreprises. Dans les zones sous influence rebelle, les mineurs ont opéré aux côtés du groupe armé M23, des Wazalendo etc. dans d’autres régions, ils se sont rangés aux côtés des forces gouvernementales, changeant d’allégeance selon les besoins pour continuer à extraire l’or. Le résultat a été le même pour les populations locales : dépossession, répression et aggravation de la pauvreté.
Les répercussions sociales sont graves. Ce sont les femmes et les enfants qui ont porté le fardeau le plus lourd. L’agriculture n’étant plus possible, les femmes ont perdu leur principal moyen de subsistance, et les normes culturelles les excluent de l’emploi dans les mines. Certains adolescents, principalement âgés de plus de dix-sept ans, effectuent des travaux occasionnels pendant les vacances scolaires, exposés à des produits chimiques dangereux comme le cyanure. Les personnes en situation de handicap et les personnes âgées sont particulièrement vulnérables, laissés pour compte alors que leurs familles luttent pour survivre. Le tissu social de la communauté, autrefois ancré dans la coopération et les savoirs traditionnels, a été déchiré par l’exclusion et la peur.
À propos de la lutte menée par la communauté
Notre partenaire du CRE – la Synergie des Organisations de la Société Civile pour la promotion des Droits de l’Homme et de l’Environnement (SYDHE) – soutient les communautés touchées dans la défense de leurs droits. Pour en savoir plus, rendez-vous sur leur site web.
Malgré la répression, les habitants de Mwenga ont continué à s’organiser et à exiger des comptes. En 2022, une marche pacifique a été violemment dispersée, et trois membres de la société civile ont été détenus par un camp rebelle avant d’être libérés grâce à l’intervention de la communauté. L’année suivante, des militants soulevant des préoccupations en matière de droits humains ont été faussement accusés d’affiliation aux rebelles, ce qui s’inscrit dans une pratique récurrente où le gouvernement et les autorités locales utilisent la rhétorique sécuritaire pour faire taire la dissidence. Pourtant, même dans ces conditions, les groupes locaux sont restés inébranlables, refusant de répondre par la violence.
En 2023, une avancée significative a été réalisée avec l’identification de 350 victimes de violations liées à l’exploitation minière. La création d’une association de victimes a marqué un tournant dans l’organisation communautaire. L’association s’est concentrée sur la formation aux droits, l’accès à la justice et la défense des droits à l’indemnisation et à la transparence. En documentant les préjudices subis et en constituant des dossiers juridiques, le groupe cherche à rétablir une certaine responsabilité dans un environnement où la justice est souvent inaccessible en raison de la présence conjointe du gouvernement et des rebelles.
La résistance de la communauté repose sur des méthodes pacifiques, notamment des marches, des dénonciations publiques et des partenariats avec des organisations de la société civile locales et nationales. Elle réclame le rétablissement de l’ordre, le retrait des sociétés minières illégales et opaques, ainsi que l’arrivée de partenaires disposés à s’engager de manière transparente auprès des communautés. Avant tout, elle exige une indemnisation pour les dommages subis et la réhabilitation de son environnement.
Les habitants de Mwenga envisagent un développement qui restaure plutôt que de détruire. Pour eux, un bon projet intègre les droits humains, la protection de l’environnement et la cohésion sociale. Ils proposent des coopératives minières et agricoles gérées par la communauté, des moyens de subsistance durables et des investissements dans la stabilité à long terme. De tels projets, affirment-ils, doivent s’appuyer sur les savoirs locaux, offrir des emplois équitables et promouvoir l’égalité.
Dans un contexte de conflit persistant, la justice reste incertaine. Les institutions gouvernementales sont faibles et des groupes armés contrôlent certaines parties du territoire. Pourtant, la communauté continue de se préparer à l’heure où la paix permettra la reconstruction. Les acteurs de la société civile réclament des formations, la mobilisation de ressources et la conception de projets de relance d’après-guerre visant à reconstruire à la fois les moyens de subsistance et les écosystèmes. Leur objectif n’est pas seulement la survie, mais le renouveau, en réaffirmant leur droit de vivre dans la dignité et la stabilité sur leurs terres.
Ressources complémentaires
- Les sociétés minières chinoises sommées de cesser leurs activités et de quitter la République démocratique du Congo – South China Morning Post
- Sécuriser l’insécurité : exploitation aurifère semi-industrielle et violence à Mwenga, dans le Sud-Kivu, en République démocratique du Congo – International Peace Information Service
- République démocratique du Congo : six sociétés minières aurifères chinoises du Sud-Kivu suspendues pour exploitation illégale
