Ce blog a été rédigé par les étudiantes en master Masande Sigebu et Alessandra Thunde, dans le cadre de leur stage à la Coalition pour les droits humains dans le développement. Découvrez également la page de l’exposition multimédia « The future we want ».
Dans la province du Northern Cape, en Afrique du Sud, les activités minières ont perturbé les sources d’eau locales, obligeant les habitants à se lever dès 3 heures du matin pour aller chercher de l’eau. Cette responsabilité incombe principalement aux femmes, qui doivent parcourir de longues distances dans l’obscurité. À Buhera, au Zimbabwe, la mine de lithium Sabi Star financée par des capitaux chinois a entraîné non seulement des déplacements physiques, mais aussi une rupture culturelle profonde. Des familles ont été contraintes d’exhumer des tombes, perturbant les lieux de repos de leurs ancêtres qui les rattachaient depuis longtemps à leurs terres. À Ulanga, en Tanzanie, ce qui était autrefois une terre fertile ayant nourri des générations est devenu un lieu de dépossession, de promesses non tenues et de répression par l’État et par les entreprises du Nord global qui possèdent et exploitent les mines.
Ces histoires font écho à celles de nombreuses communautés affectées par l’exploitation minière à travers l’Afrique et ne sont que quelques exemples des expériences partagées le mois dernier lors de l’Alternative Mining Indaba au Cape Town International Convention Centre. L’AMI, organisé en parallèle du Mining Indaba, a été créé en 2009 pour remettre en question les récits dominants sur le secteur minier, placer au centre les expériences vécues des communautés affectées et promouvoir des visions du développement qui privilégient les personnes et l’environnement plutôt que le profit. Cette année, l’événement – qui comprenait des discours d’ouverture, des panels et des expositions – a rassemblé des dizaines d’organisations de la société civile, de communautés affectées, d’universitaires, de chercheurs et de décideurs politiques venus de tout le continent, dont plusieurs membres et partenaires de la Coalition.
Nous avons participé à l’AMI pour la première fois dans le cadre de notre stage à la Coalition, et nous avons été frappées par la différence entre ce rassemblement et des conférences plus conventionnelles. L’atmosphère n’était ni distante ni excessivement formelle ; au contraire, elle était ancrée dans les réalités des personnes, à travers des expositions, des témoignages et des performances empreints de sincérité. Cela créait un espace où les communautés pouvaient parler elles-mêmes, plutôt que d’être représentées par d’autres.
L’un des thèmes marquants était l’idée de développement durable critique. Dans plusieurs sessions, une même question revenait : durable pour qui ? De nombreux projets imposés au nom du développement durable ou de la transition énergétique juste, au lieu d’améliorer les conditions de vie, entraînent souvent des déplacements, une dégradation des moyens de subsistance et une augmentation des violences basées sur le genre. Un fort sentiment de connexion traversait la salle : malgré les différences de pays et de contextes, les similitudes dans les expériences étaient difficiles à ignorer. Il devenait clair qu’il ne s’agissait pas de cas isolés, mais d’un schéma plus large affectant des communautés à travers tout le continent.
Les discussions de l’AMI ne semblaient pas abstraites. Elles semblaient proches, concrètes. Une présentation sur l’exploitation minière dans le Northern Cape, en Afrique du Sud, a été particulièrement marquante. Un chercheur a expliqué comment les opérations minières avaient conduit à la perturbation de cimetières. Dans un cas, une famille qui avait enterré sa fille a ensuite retrouvé ses restes exposés, ne la reconnaissant que grâce au maillot dans lequel elle avait été enterrée. D’autres tombes avaient été déplacées et réenterrées sans aucune indication. C’était difficile à entendre, et encore plus difficile à assimiler. Cela montrait à quel point l’exploitation minière peut perturber non seulement les terres, mais aussi la mémoire et la dignité. En écoutant ces récits, il devenait évident que ces luttes sont profondément interconnectées : les questions de terre, d’eau, de soin et de sécurité ne sont pas séparées ; elles se façonnent mutuellement.
Reconnaître la similarité des expériences vécues a créé un sentiment de lutte partagée et la nécessité de réponses collectives. Comme le dit un proverbe xhosa :
« Isana elingakhaliyo lifela embelekweni », que l’on peut traduire librement par « l’enfant qui ne pleure pas meurt dans le berceau ». C’est un rappel que le silence a un coût. À l’AMI, les communautés refusaient ce silence : elles prenaient la parole, s’organisaient et se soutenaient au-delà des frontières. Ce sentiment d’unité se manifestait aussi au-delà des discussions formelles. Il y eut des moments de chants, d’ululations et d’expressions partagées qui ont rassemblé les participants. Ces formes d’expression sont familières dans les cultures xhosa et sud-africaine, que ce soit dans le deuil ou la célébration. Mais dans l’espace de l’AMI, elles portaient quelque chose de plus : même lorsque nous ne comprenions pas les paroles, le chant nous rassemblait. En soi, cela ressemblait déjà à une forme de résistance.
Dans l’ensemble, participer à l’AMI a été une expérience riche et révélatrice. En tant qu’étudiantes en master, nous abordons souvent des concepts comme le développement centré sur les communautés de manière théorique. L’AMI a montré comment ces idées devraient se traduire concrètement sur le terrain afin que les communautés puissent réellement façonner leur propre développement selon leurs besoins et leurs aspirations.
Cela est apparu clairement dans les discussions où les organisations de la société civile ont exploré ce que pourrait être un développement réellement porteur de sens, compte tenu de la difficulté d’aligner objectifs politiques, priorités économiques et besoins des communautés. Observer ces échanges rappelait que le concept de développement continue d’évoluer, même des décennies après son émergence au milieu du XXᵉ siècle. Cela montrait aussi le long chemin qu’il reste à parcourir pour que les projets de développement soient réellement façonnés par celles et ceux qui en subissent les impacts et qu’ils leur rendent des comptes. Le pouvoir que les entreprises minières exercent sur des terres appartenant aux communautés révèle comment le développement est souvent imposé de manière descendante, les priorités des entreprises déterminant l’accès, l’usage et le contrôle des ressources, souvent au détriment des populations concernées.
Mais l’AMI a également montré que lorsque les communautés peuvent prendre la parole, s’organiser et mener leurs propres luttes, le développement peut être réimaginé d’une manière qui place les personnes, les terres et l’environnement au centre, ouvrant la voie à un avenir plus juste et plus responsable. Cela soulève une question fondamentale : peut-on vraiment parler de développement si les communautés n’en sont pas au cœur ?




