« Vous n’avez pas le droit d’être ici » : Ma première participation aux assemblées annuelles de la Banque africaine de développement

Blog by Ony Soa Ratsifandrihamanana, coordinatrice régionale pour l’Afrique

 

Dans le cadre de mes nouvelles fonctions de coordinatrice régionale pour l’Afrique avec la Coalition pour les Droits Humains dans le Développement, je me suis rendue à Nairobi, du 27 au 31 mai, pour assister aux assemblées annuelles du groupe de la Banque africaine de développement (BAD). Les choses ne se sont pas passées comme prévu.

Une occasion de s’engager

Le site web du Groupe de la BAD décrit les assemblées annuelles comme « une occasion unique de diffusion des connaissances entre les décideurs de haut niveau en Afrique, les principaux responsables des agences de développement bilatérales et multilatérales, les universitaires de renom et les représentants des organisations non gouvernementales, de la société civile et du secteur privé ». Cependant, contrairement à d’autres grandes banques de développement comme la Banque mondiale ou la Banque asiatique de développement, la BAD offre peu d’espace pour un engagement et une participation significatifs des organisations de la société civile (OSC), optant plutôt pour l’organisation d’un Forum de la société civile distinct à partir de 2018.

Malgré cela, les OSC et les représentants des communautés ont rejoint les réunions à Nairobi, déterminés à faire entendre leur voix et à faire passer leurs messages.

signal 2024 06 14 123846 003Commencer en marge…

Mon expérience des assemblées annuelles de la BAD a commencé en marge, avec un atelier parallèle de deux jours, les 27 et 28 mai, organisé par les membres du groupe de travail des OSC de la BAD, dont Lumière Synergie pour le Développement (LSD), le Bank Information Center (BIC), Accountability Counsel (AC), Christian Aid et la Coalition ACCESS. Pendant ces deux jours, une quarantaine de représentants d’OSC et de communautés locales se sont réunis pour discuter de questions liées à la BAD, élaborer des stratégies de plaidoyer commun pour s’engager auprès du conseil d’administration et de la direction, et coordonner les messages pour les assemblées annuelles.

L’atelier a offert un espace ouvert pour discuter de la mise à jour des systèmes de sauvegarde intégrés (ISS) et d’autres politiques, et pour aborder les questions relatives à l’engagement des OSC lors des assemblées annuelles. Les représentants de la Banque présents ont réaffirmé leur volonté de s’engager avec la société civile et ont apprécié l’importance du travail des OSC pour réaliser les objectifs de la Banque de manière inclusive et équitable. Si les choses s’étaient déroulées différemment, cela aurait été un excellent prologue à un engagement plus poussé avec la banque.

 

Barrés aux portes…

AfDBAM1Les assemblées annuelles ont officiellement débuté le mercredi 29 mai. Un groupe d’entre nous, leaders d’OSC et représentants de communautés, s’est rendu à l’assemblée en portant des t-shirts assortis pour l’occasion. Nous avons récupéré nos badges et franchi les contrôles de sécurité sans encombre.

L’excitation était palpable tandis que nous traversions les tentes blanches où les participants assistaient à la transmission de la cérémonie d’ouverture, tandis que nous traversions l’avenue des drapeaux menant à la Cour suprême et que nous nous émerveillons comme des touristes devant les jeux d’eau, la tour du KICC et le nombre impressionnant de personnes présentes.

Mais notre enthousiasme a été de courte durée. Des agents de sécurité en costume impeccable nous ont soudain accostés. Ils ont examiné nos t-shirts – le mien était jaune et portait le slogan « We go for renewables » (Nous optons pour le renouvelable), tandis que d’autres portaient des polos blancs sur lesquels on pouvait lire « We need our forum back » (Nous voulons récupérer notre forum). Ils nous ont accusés de mener une manifestation illégale et nous ont menacés d’appeler des « camions » si nous ne partions pas. Malgré ma grande expérience dans la société civile et dans la lutte contre la corruption, je n’aurais jamais imaginé que défendre l’espace des OSC et les énergies renouvelables lors d’une réunion officielle d’une banque serait perçu comme une menace pour la sécurité.

Pourtant, nous étions là, dépouillés de nos badges et expulsés de la salle comme des criminels. Un agent de sécurité aboyait sur nous : « Sortez. Vous n’avez pas le droit d’être ici ».

 

Finir à l’écart…

Avant cet incident, des collègues et des partenaires m’avaient mis en garde contre les difficultés d’un engagement avec la BAD. Je m’attendais à des réunions trop techniques et à un double discours, pas à des représailles sur le terrain. Notre crime ? Plaider en faveur des énergies renouvelables et du retour de notre forum.

Certains directeurs exécutifs et responsables de la banque que nous devions rencontrer nous ont rejoints plus tard à l’hôtel. Cependant, sans nos badges, nous avons été empêchés de participer aux événements. Les rapports de collègues qui ont assisté à l’événement parallèle de la banque sur l’engagement des OSC le 31 mai ont également souligné l’absence de voix réelles des OSC, renforçant encore la dissonance entre la position officielle de la banque sur l’amélioration de l’engagement des OSC et sa pratique.

Les réunions de cette année ont marqué la 59e assemblée annuelle de la Banque africaine de développement et la 50e assemblée du Conseil des gouverneurs du Fonds africain de développement, sous le thème « Transformation de l’Afrique, Groupe de la Banque africaine de développement et réforme de l’architecture financière mondiale ». Pourtant, les réformes essentielles pour permettre une participation et des retours sûrs et significatifs de la part de la société civile et des communautés tardent à venir.

Dans un court message vidéo adressé à la BAD, Aly Marie Sagne, directeur exécutif de Lumière Synergie pour le Développement (LSD) et l’un des leaders civiques expulsés le 29 mai, a exhorté la banque à respecter ses principes de tolérance zéro en matière de représailles et à encourager un engagement civique significatif en réintégrant le forum des OSC dans les assemblées annuelles.

En fin de compte, je ne peux pas dire que j’ai beaucoup appris sur les assemblées annuelles de la BAD, comme nous avons été relégués de force à la marge en indésirables et fauteurs de troubles potentiels. Pourtant, j’apprécie cette expérience car elle a renforcé la raison pour laquelle nous devons continuer à joindre nos efforts et à nous exprimer pour façonner de meilleurs résultats à l’avenir. Il est essentiel de veiller à ce que la société civile et les personnes que nous représentons ne soient pas perpétuellement laissées pour compte.

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