En cette période troublée, notre rapport annuel 2025 met en lumière certains moments qui nous donnent de l’espoir : des communautés locales qui façonnent leur propre avenir, des centaines d’organisations de la société civile et de défenseurs des droits humains qui unissent leurs forces pour remettre en question le statu quo, ainsi que des mouvements populaires qui remportent des procès pour protéger leurs terres.
Alors que nous célébrions notre dixième anniversaire, l’année 2025 a été pour la Coalition une période de profonde réflexion et d’expérimentation. Nous avons élaboré des stratégies pour relever les défis majeurs auxquels nous sommes confrontés, tout en créant un espace pour nos rêves et nos aspirations. Dans ce rapport, nous sommes fiers de présenter notre Manifeste 2026-2030, fruit d’un processus collectif de 18 mois, qui définit nos priorités communes pour les années à venir et la manière dont nous continuerons à renforcer notre réseau.
Tout au long de l’année 2025, nous avons également testé de nouvelles stratégies et saisi de nouvelles opportunités : faciliter les connexions entre pairs, qui ont évolué vers des « communautés d’action » ; établir un alignement interrégional autour de revendications collectives en faveur d’une transition énergétique juste menée par les communautés ; et dénoncer les violations des droits humains liées à la banque allemande de développement, la KfW.
Nous vous invitons à découvrir notre rapport annuel et à vous joindre à nous dans cette aventure collective visant à promouvoir un développement communautaire fondé sur les droits humains, et à imaginer un avenir ancré dans la justice, la dignité et le pouvoir communautaire.
Avant-propos
Notre Coalition pour les droits humains dans le développement a fêté ses 10 ans en 2025. Il y a dix ans, nous avons planté les premières graines de notre travail ; aujourd’hui, ces graines ont pris racine et se sont épanouies en arbres. Nous sommes désormais un réseau interconnecté de plus d’une centaine de groupes dans plus de 50 pays, en Afrique, dans les Amériques et en Eurasie. Et si l’ampleur du travail à venir est immense, nombre de ces arbres portent déjà leurs fruits.
Cette année a été particulièrement marquante, car la Coalition a tenu sa première réunion de membres depuis le début de la pandémie de coronavirus. Soixante-dix personnes issues de 55 organisations et de 40 pays se sont retrouvées à Nairobi, au Kenya. Il a été inspirant de retrouver de nombreux groupes et individus fondateurs qui continuent de s’engager au sein de la Coalition par leur leadership et leur collaboration, en prenant soin de notre travail collectif pour la justice du développement. Et émouvant de constater que tant d’autres ont rejoint notre mission visant à placer les communautés, les peuples et la planète au cœur de la manière dont le développement est imaginé, planifié, financé et mis en œuvre.
Lors de l’Assemblée des membres, nous avons pris des décisions cruciales quant à la voie à suivre et élaboré notre Manifeste pour les cinq prochaines années. Nous avons défini des stratégies pour relever les défis majeurs auxquels nous sommes confrontés : l’évolution de la géopolitique, la montée des conflits et de l’autoritarisme, le renforcement du pouvoir des entreprises, l’aggravation des inégalités, l’effondrement écologique et l’accélération du changement climatique qui menace notre avenir. Mais nous avons aussi laissé place à nos rêves et à nos aspirations, afin d’imaginer et de construire de nouvelles réalités plutôt que de simplement réagir aux menaces extérieures.
Les valeurs clés inscrites dans notre Manifeste sont de placer l’amour et le soin au centre de notre manière de travailler ensemble, et d’adopter une approche à la fois dirigée par les membres et par les communautés.


Ces racines profondes ont permis à la Coalition de croître en une série de canopées forestières interconnectées, offrant protection et espaces sûrs où les membres et partenaires communautaires peuvent s’engager dans des collaborations horizontales.
Pour la période 2026–2030, nous avons choisi d’organiser notre travail autour de quatre thèmes interconnectés, ou canopées d’action, qui reflètent l’impact que nous souhaitons avoir dans le monde. Nous réaffirmons notre engagement à placer le développement piloté par les communautés comme un modèle viable au sein des espaces de politiques publiques, de finance et de médias à l’échelle mondiale. La réponse globale au changement climatique, dans le cadre des transitions énergétiques justes, crée des opportunités de travail interrégional — du local au global — afin de promouvoir un développement fondé sur les droits et mené par les communautés, comme voie vers un accès à l’énergie sûr, équitable et durable, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Rien de tout cela ne sera possible si les défenseur·e·s des droits humains, les communautés et les peuples autochtones ne peuvent pas participer en toute sécurité. C’est pourquoi nous continuerons à répondre aux représailles et à les prévenir, et à élargir l’espace civique. Nous travaillerons également à contrer la tendance à l’intensification des conflits et de la militarisation, en nous concentrant sur le rôle de la finance du développement.
S’inspirant des forêts primaires, nous nous engageons à fortifier nos troncs et nos branches afin que davantage de vie puisse trouver refuge au sein de la Coalition. Nous faisons évoluer notre action grâce à nos programmes existants – l’Échange de ressources communautaires, la Campagne défenseur.e.s dans le développement et la Coordination régionale (dans l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine) – tout en nous efforçant de décloisonner les programmes et les régions.
Au cours des dix dernières années, la gouvernance de la Coalition s’est renforcée grâce à la mise en place d’un Comité Directeur élu de manière transparente. Dans les mois à venir, nous nous efforcerons de rendre notre gouvernance encore plus représentative et à l’écoute. Nous nous sommes également enregistrés comme entité juridique aux Pays-Bas afin de faciliter notre gestion et le contrôle de nos ressources collectives. Nous sommes conscients des difficultés actuelles et nous explorerons des modèles de financement plus durables. Ce rapport annuel – qui offre un aperçu du travail et des réalisations des membres et des partenaires au cours de l’année écoulée – nous insuffle énergie et espoir pour l’avenir.
Notre année en bref
L’année 2025 a été marquée par de profondes réflexions et une phase d’expérimentation. Tout en nous concentrant sur les consultations, les discussions et les processus de co-création qui ont abouti à notre Manifeste pour 2026-2030, nous avons également testé de nouvelles stratégies et saisi des opportunités émergentes. Dans la section suivante, nous mettons en lumière trois axes clés de notre travail au cours de l’année écoulée :
- Les liens facilités entre les groupes affectés par les mêmes acteurs ou secteurs, qui évoluent désormais en « communautés d’action » ;
- Nos efforts collectifs pour exiger une approche de la transition énergétique juste et de la transformation économique menée par les communautés, y compris notre première participation active à la COP et au G20 ;
- Notre premier rapport consacré à une seule institution, plus précisément une banque bilatérale de développement allemande : la KfW.
Communautés d’action
En 2025, nous avons axé nos efforts sur le soutien aux « communautés d’action », en aidant les groupes à passer de luttes isolées à un engagement collectif autour de défis communs. De nombreuses communautés confrontées à des acteurs ou des secteurs similaires ont manifesté leur intérêt pour établir des liens ; nous avons donc facilité la mise en place d’espaces d’apprentissage, d’expérimentation et d’élaboration de stratégies communes.
En République démocratique du Congo (RDC), cinq partenaires œuvrant auprès des communautés affectées par l’exploitation minière ont profité de cet espace pour approfondir leurs connaissances du code minier congolais, de la recherche financière et de la sécurité, tout en nouant des liens avec des alliés. Le groupe étudie désormais des stratégies pour porter son plaidoyer en faveur de la responsabilité des entreprises minières sur les scènes régionales et internationales.
En Amérique latine, les communautés concernées par les projets d’hydrogène vert ont entrepris un apprentissage collectif afin de mieux appréhender les risques du secteur, d’identifier les points de tension et d’explorer des stratégies de plaidoyer. Ce processus a renforcé les liens entre les communautés et contribué à l’émergence d’une compréhension partagée. Elles ambitionnent de mener un plaidoyer commun, d’améliorer le suivi des projets et de construire des contre-discours face aux « fausses » solutions telles que l’hydrogène vert.
En Asie, les communautés touchées par les projets charbonniers et industriels financés par la Chine en Indonésie ont mis à profit les réseaux régionaux pour coordonner leur plaidoyer, renforcer les efforts de responsabilisation et échanger des enseignements sur les stratégies locales de résistance et d’engagement.
Chaque communauté d’action continue de tester différentes approches et de définir ses propres objectifs, contribuant ainsi à l’élaboration de modèles locaux de plaidoyer collectif.
Tout au long de l’année, nous avons également animé plusieurs cercles d’apprentissage, aux niveaux régional et interrégional, réunissant les partenaires des communautés d’action et d’autres collaborateurs afin de partager leurs expériences et de renforcer leurs capacités sur des sujets tels que les stratégies juridiques et de protection, la documentation des violations des droits humains, le journalisme communautaire, les récits et la finance chinoise. L’apprentissage collectif s’est avéré efficace pour tisser des liens, approfondir la compréhension partagée et jeter les bases de stratégies coordonnées qui amplifient la voix des acteurs locaux.


Members and partners of the Coalition at the G20 (November 2025).
Exiger une approche communautaire de la transition énergétique
Au cours de l’année écoulée, la Coalition a fait progresser son travail sur la transition énergétique juste (JET) en reliant les luttes citoyennes aux sphères politiques et financières, et en intégrant les perspectives communautaires dans des instances souvent dominées par des discours technocratiques ou axés sur le marché. Ancré dans les expériences, les luttes et les visions des communautés, ce travail a remis en question les approches dominantes de la croissance verte et dénoncé les solutions extractives, ou prétendument « fausses », promues au nom de la décarbonation.
En 2025, grâce à des ateliers et des collaborations interrégionales, les membres et partenaires de la Coalition ont formulé des revendications collectives sur la manière dont les banques publiques de développement devraient soutenir les projets énergétiques communautaires, que ce soit pour l’accès à l’énergie ou la transition énergétique. Ces revendications mettent l’accent sur le rôle central des communautés dans la prise de décision, privilégient le consentement libre, préalable et éclairé, les approches non sexistes et un soutien décentralisé sous forme de subventions qui protège les terres, les moyens de subsistance et les écosystèmes. Ils rejettent les modèles qui reproduisent des zones sacrifiées par l’extraction de minéraux dits critiques, les projets d’énergies renouvelables à grande échelle ou les marchés spéculatifs comme celui de l’hydrogène vert.
Ces revendications ont été portées dans des instances telles que le G20 et la COP30. Des représentants des communautés africaines ont participé à des ateliers préparatoires et au Sommet social du G20, appuyés par des travaux de recherche et des actions de plaidoyer – notamment le rapport « Grounded Transitions », des tribunes et des webinaires – établissant un lien entre les minéraux critiques, les priorités d’une transition juste et les réalités locales. En amont de la COP30, avec nos partenaires latino-américains, nous avons participé à une table ronde sur le JET, la Caravane mésoaméricaine et à une table ronde sur les investissements des institutions financières dans les infrastructures amazoniennes.
Ces initiatives ont renforcé les réseaux, permis de tirer des enseignements sur la manière d’influencer les instances politiques et accru la visibilité des revendications communautaires. En 2026, la Coalition approfondira la coordination interrégionale, renforcera son engagement auprès des institutions de financement du développement et d’autres instances régionales, et continuera de développer des alternatives communautaires aux modèles de transition extractive.
La banque de développement irresponsable AllemaNDE, KfW
En 2025, face à la multiplication des cas de représailles et autres violations liées – directement ou indirectement – à des opérations financées par la banque publique de développement allemande KfW, la campagne Defenders in Development (DiD) a publié le rapport « KfW: Irresponsible banking ». S’appuyant sur trois études de cas et une analyse détaillée des politiques de la KfW, ce rapport révèle le décalage entre les engagements de la banque en matière de droits humains et la réalité du terrain. Il montre notamment comment les politiques inadéquates de la KfW – et leur mise en œuvre encore plus défaillante – contribuent à créer un climat d’insécurité pour les défenseur·e·s des droits humains et les communautés locales, car ceux qui dénoncent les violations liées aux projets de la KfW s’exposent à des menaces et à des attaques.
C’était la première fois que la campagne DiD consacrait un rapport à une banque bilatérale de développement, et cette stratégie s’est avérée efficace. Depuis sa publication en septembre 2025, le rapport a suscité un vif intérêt. En Allemagne, plusieurs médias, dont Deutsche Welle, ont relayé ses conclusions.
Par conséquent, nous avons également été contactés par des responsables des ressources humaines (RRH) impactés par les projets de la KfW et souhaitant se joindre à nos actions de plaidoyer collectives. De plus, suite à notre travail de plaidoyer, la KfW et d’autres institutions concernées ont réagi aux cas mis en lumière dans le rapport, exprimant leur préoccupation quant aux violations signalées. Nous espérons désormais que des changements concrets seront mis en œuvre par ces institutions.
Ce qui nous donne de l’espoir
En 2025, nos membres et nos alliés ont célébré plusieurs victoires importantes :
- À Poco Leok, en Indonésie, la banque publique allemande de développement KfW a financé un projet géothermique malgré la forte opposition des communautés autochtones locales. L’an dernier, grâce à la mobilisation et aux efforts de plaidoyer soutenus de la communauté (notamment le dépôt d’une plainte officielle en 2024), la KfW a temporairement suspendu le projet, reconnaissant l’absence de consultations significatives et la violation du droit des communautés au consentement libre, préalable et éclairé. La centrale géothermique d’Ulumbu risque de déplacer des communau-tés autochtones locales et de détruire leurs sites sacrés, leur mode de vie et leur environnement. Le projet a également exacerbé les tensions dans la région. Dans une tentative de faire taire la contesta-tion, les forces de police et l’armée ont violemment attaqué et crimina-lisé des militant·e·s locaux·ales. Malgré ces attaques, la communauté continue de résister et d’appeler la KfW à se retirer du projet.

Protest against geothermal plant in Poco Leok, Indonesia. Credit: Poco Leok’s activist
- En avril 2025, le ministère panaméen de l’Environnement a interrompu le processus d’évaluation de l’impact environnemental (EIE) de la quatrième ligne de transmission électrique, un projet financé par l’IFC et contesté par des communautés autochtones locales, car il risque de les déplacer et de mettre en danger l’une des dernières forêts tropicales intactes du Panama. Cette décision est le résultat d’une forte pression sociale et juridique exercée par des groupes de base, dont nos partenaires communautaires de MODETEAB, avec le soutien de l’Alianza para la Conservación y el Desarrollo et du Center for International Environmental Law. Cette décision suspend de facto le processus d’autorisation environnementale nécessaire à la poursuite du projet.
- En février 2025, la Banque mondiale a décidé de suspendre les évaluations environnementales liées aux projets d’exploration et d’extraction de lithium envisagés dans les Salinas Grandes et le bassin de la Laguna de Guayatayoc, en Argentine. Cette décision fait suite à l’action soutenue des communautés concernées elles-mêmes, avec le soutien de notre organisation membre, FARN, qui s’inquiétaient des projets d’expansion de l’exploitation du lithium en l’absence de toute consultation ou consentement des communautés autochtones locales. En suspendant son appui, la Banque mondiale a effectivement mis en pause son implication dans ces projets jusqu’à ce qu’un dialogue avec les communautés affectées ait lieu.
- En janvier 2025, dans une décision historique, un tribunal kényan a jugé que deux conservancies du Northern Rangelands Trust (NRT), dans le comté d’Isiolo, avaient été créées de manière inconstitutionnelle, car elles violaient les droits fonciers et avaient été imposées sans le consentement adéquat des communau-tés, ordonnant ainsi l’arrêt de leurs activités. Cette décision constitue une victoire pour les 165 habitant·e·s locaux·ales qui avaient engagé la procédure contre le NRT, ainsi que pour nos partenaires communautaires du CRE impliqués dans cette lutte. Le tribunal a également ordonné le retrait des rangers lourdement armés du NRT, accusés de violations systématiques et graves des droits humains à l’encontre des communautés autochtones locales, de ces conservancies.
Dans les médias
En 2025, nous avons aidé nos membres et partenaires à créer des blogs et des tribunes libres, à dialoguer avec les médias et à façonner leur propre discours afin de contrer le discours dominant sur le développement descendant. Voici quelques exemples marquants dans les médias :
- “How communities in sacrifice zones suffer environmental injustices in Mexico, Chile, Nigeria and Indonesia” (Mongabay)
- Civil Society at the Finance in Common Summit Calls for Community-led, Equitable, and Human Rights-based Development (IPS News)
- “ADB, UK eye scaling biodiversity markets in Asia Pacific under new nature partnership” (Carbon Pulse)
- “Communities in Cameroon Demand Justice as Chinese-funded Iron Mining Project Advances” (The Diplomat)
- “Indigenous Kenyans forced off ancestral lands in name of conservation: NGOs” (Radio France International)
- “Private financing for Argentina’s lithium is anything but green, critics say” (Mongabay)
- “Asian Development Bank backs Pakistan copper mine despite human rights fears” (Climate Home News)
- “Germany’s state-owned KfW bank linked to rights violations” (DW)
- “We have no power here” (Taz)
- “Fear in Ohuira Bay” (Welt Sichten)
- “Is KfW Bank violating human rights?” (Loma Zoma)
- “Whose Transition It is Anyway?” (Africa Is A Country)
- “Ramaphosa, the G20 and empty promises of a just transition” (Business Day and Amandla)
